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J'inaugure donc cette nouvelle rubrique suite à une idée qui semble vous séduire. Vous le savez si vous me lisez régulièrement, je suis libraire. Et je peux vous le dire, les anecdotes, j'en ai quelques unes bien au chaud. J'ai donc décidée de vous les faire partager, histoire que vous puissiez voir un peu ce que les libraires peuvent endurer au quotidien.
Des clients en boutique, on en voit de tous les genres, et c'est encore plus vrai dans une librairie spécialisée BD parisienne. Si l'on est donc surpris au début, on fini par s'habituer à côtoyer des individus obsédés par les plus petits défauts présents sur une BD, examinant pendant des heures tous les volumes qu'ils désirent pour les choisir. Parmi ces clients étranges, il y a bien sûr le maniaque, mais pas seulement. On trouvera aussi :
- Le fan de manga
- L'adepte des BD érotiques qui n'assume pas et laisse ses lectures dans le rayon jeunesse
- Le client qui n'a pas compris dans quel genre de boutique il est ("vous avez des timbres / dentifrice / clés / photocopies / shampoing / feuilles de Bail / le dernier Musso ?" Rayez la mention inutile).
- Le touriste
- Le tintinophile (sans doute le pire)
- Le relou ("- J'ai pas vu Machin tome X en rayon, vous ne l'avez pas ? - Non monsieur, tout ce que je vais avoir sera en rayon. - Non mais vous êtes vraiment sûr hein ? - Oui monsieur, je suis sûre. - Non mais des fois qu'il y en aurait un quelque part caché. - Oui monsieur, j'ai l'habitude de cacher les BD pour faire tourner les gens en bourrique, d'ailleurs tenez, je crois qu'il me reste un Spirou dans ma chaussure gauche, c'est incroyable !")
- Le désagréable : "- Désirez-vous un sac à 15cts Monsieur ? - Quoi ? Vous faites payer les sacs ? - Oui monsieur c'est obligatoire depuis le 1er Janvier suite à un décret. - C'est de l'arnaque, je dépense 20 euros chez vous, j'estime que le sac ne doit pas être payant, vous êtes des escrocs. - Escrocs peut-être Monsieur, mais écolos."
Et encore plein d'autres que je vous présenterais bientôt. Cependant, le client dont je vais vous parler aujourd'hui n'en est pas vraiment un. Cette anecdote est véridique et s'est déroulée il y a maintenant quelques mois.
Nous sommes situés à un croisement et avons pour voisin un restaurant appelé "Le bar à Huitres" (les parisiens verront donc dans quelle librairie je travaille). Un jour, alors qu'une de mes collègues est en caisse tranquillement, un homme s'approche d'elle pour lui demander si elle n'aurait pas un sac plastique.
Quelque chose bouge dans son manteau et ma collègue est surprise. L'homme semble défoncé et clairement pas net. Il ouvre son manteau et lui explique que le sac doit lui servir à ranger les cinq homards vivants qui se trouvent dans son manteau (oui j'ai bien dit cinq !). Ma collègue refuse et sous le coup de la surprise ne réalise pas tout de suite la situation.
Il s'avère en réalité que l'homme a volé ces cinq homards sur le plateau situé à l'extérieur du restaurant où se situent les crustacés destinés à la vente à emporter. Une fois celui-ci sorti du magasin bredouille, ma collègue reprend ses esprits et appelle mon patron qui décide de poursuivre l'homme aux homards.
Il le retrouve alors quelques mètres plus loin, et, se faisant passer pour un policier, arrête l'homme pour reprendre les homards. L'homme s'est fait arrêter par la police un peu plus tard. Quant à ce qui est advenu des homards, ma foi, j'ai bien l'impression que leur fin ne fut pas si heureuse que l'on aurait pu le croire. Ils sont quand même passés à la casserole.
Moralité : Il vaut mieux éviter de demander un sac pour une marchandise volée au magasin situé en face de la scène de crime...